Burmese lessons

En mi avril, j’ai rencontré Theint, une adolescente birmane à la Pagode Sule, à Yangon, la veille de mon départ pour Penang. Le jour de notre rencontre Theint m’avait aidée à chercher du thanaka, malheureusement tout était fermé durant le festival de l’eau. Theint ne va pas à l’école, elle travaille à la pagode où elle vend des fleurs et du maquillage. Theint m’a présenté à sa mère et m’a donné le numéro de téléphone de sa mère et a pris mon numéro birman. Quelques heures après notre rencontre, elle m’a appelée en me demandant de lui promettre que nous nous reverrions. (Et c’est là que mon cœur fond…)

Finalement il m’aura fallu bien plus d’une semaine pour revenir à Yangon, mais le soir même de mon retour, le 9 juin, je me suis rendue à la pagode Sule en montrant une photo de Theint que j’avais prise avec mon téléphone et ses collègues m’ont dit de revenir le lendemain, à partir de 9 heures du matin. Je suis donc retournée à la pagode et Theint était contente de me voir. Nous avons passé quelques heures ensemble, Theint m’a accompagnée à la poste et m’a emmené à Bogyoke Market pour acheter un longyi et me présenter à son grand frère qui travaille là-bas. Elle me posait des questions (Do you have baby? Do you have boyfriend?) et m’a appris quelques mots en birmans.

Son niveau d’anglais est plutôt correct mais je n’ai pas réussi à savoir comment elle avait pu apprendre l’anglais sans aller à l’école, je suppose grâce aux échanges avec les touristes. Theint m’a fait part de ses préoccupations (Because it’s rain season, no tourists. No tourists, no money) et m’a demandé si j’étais d’accord pour lui acheter un téléphone, car elle souhaite avoir Facebook et m’a promis de m’écrire pour me donner de ses nouvelles. Mon compte en banque étant dans l’état qu’il était, je lui ai donné de l’argent en lui expliquant que ce n’était pas assez pour s’offrir un téléphone mais qu’elle devait le garder jusqu’à ce qu’elle ait suffisamment pour pouvoir s’offrir un téléphone. A son âge je n’avais pas de portable et je lui ai dit pour la taquiner, mais j’ai bien conscience que pour en obtenir un il m’avait suffit de demander à mes parents de m’en offrir. J’ai rencontré le frère de Theint et compris que la jeune fille tannait sa famille depuis un moment avec son envie de portable, mais qu’ils n’ont tout simplement pas les moyens de lui en acheter un. En tout et pour tout, Theint avait 1000kyats dans son sac à main, ce qui revient à l’équivalent de même pas 1$.

The single great accident of human existence is geography: where we are born in this bordered, divided, largely unjust world. If I had been born in a country like Burma, who would I be? What would I look like? Karen Connelly, Burmese Lessons

Ce genre d’anecdote remet au final pas mal les choses en perspective de mon côté, à 13 ans je me levais pour aller au collège alors qu’au même âge, tous les matins la jeune Theint se lève pour aller travailler à la pagode. En parlant avec Win, mon guide lorsque j’étais à Bago et qu’il me disait qu’il rêvait d’aller en Angleterre car il était tombé amoureux de la langue et que pour s’évader il regardait la TV, j’ai réalisé, que j’ai une chance immense. La chance de vivre une vie confortable et aisée, la chance de pouvoir disposer de ma liberté et de voyager, de visiter leur pays, alors que la grande majorité des birmans n’ont pas cette possibilité-là.

Après ma sortie du Mahasi Meditation Center, je n’avais plus envie de visiter Yangon, je souhaitais simplement m’imprégner de l’atmosphère ambiante, flâner et tous les jours je me rendais au café pour écrire dans mon cahier afin de conserver mes souvenirs intacts quelque part. C’est au Bar Boon que Sandra s’est assise à côté de moi et que l’on a commencé à discuter, Sandra est une photographe free lance basée à Berlin. (Son travail est ici) Amoureuse du Myanmar, c’est la 7ème fois qu’elle s’y rendait depuis 2012 et elle me confiait que oui le pays change rapidement mais que la gentillesse des gens demeure intacte. Je suis rentrée à l’auberge peu de temps après notre rencontre pour créer ma page Facebook et avec Sandra nous avons convenu de nous revoir plus tard.

A l’auberge de jeunesse, j’ai notamment rencontré Renée, une physiothérapeute néerlandaise qui vit à Utrecht. Nous avons dîné ensemble avec Sandra. C’est Sandra qui nous a conseillé de nous lever tôt pour nous rendre à la Pagode Shwedagon au lever du soleil le lendemain. Avec Renée et les 2 autres filles du dortoir nous avons donc réglé notre réveil de bonne heure et pris un taxi. Le moment était magnifique. J’avais visité la pagode en fin de journée, le jour de mon arrivée le 29 mars et l’atmosphère était complètement différente. Et surtout, j’en avais presque oublié la grandeur et la beauté des lieux… La pagode est immense, majestueuse. Le matin, l’endroit est d’une quiétude quasiment parfaite puisque les seul bruits que l’on entend sont celui des prières et le chant des oiseaux. C’était tout simplement magique. C’est ce matin-là que nous avons renconté un moine qui nous a gentiment convié dans son monastère. Après avoir grimpé quelques étages, nous avons pu admirer la vue sur la Pagode Shwedagon à partir du toit du monastère suite à quoi, il nous a fait monter dans une voiture (sans vouloir nous dire où nous allions ahah) et nous a invités à prendre le petit déjeuner non loin de notre auberge. J’ai donc pris le petit déjeuner en compagnie d’un moine qui me montrait ses photos de voyages sur sa tablette et nous a proposé de passer la nuit dans son monastère. Il m’a également suggéré de me faire raser le crâne et m’a promis qu’il ferait de son mieux pour m’aider à trouver un petit ami birman. Renée se sentait faible et je voulais me reposer un peu avant de partir à Bangkok alors nous avons laissé les filles partir avec le moine et nous sommes allées acheter des fruits dans la rue avant de rentrer à l’auberge. Renée m’a dit qu’elle se demandait pourquoi le moine était si gentil et ce qu’il attendait en retour. S’il est vrai que dans la plupart des pays d’Asie du sud est, les locaux espèrent obtenir de l’argent de la part des touristes, en Birmanie les gens ne sont pas encore ‘pourris’ par le tourisme.

Une autre leçon pour nous, occidentales qui avons l’habitude d’un rapport différent, la beauté de ce voyage c’est de rencontrer des personnes, qui ont la volonté de t’aider lorsque tu te retrouves en difficulté, qui vont t’offrir des sourires, leur hospitalité et leur générosité et la seule chose qu’ils attendent en retour, c’est ta reconnaissance. C’est infiniment beau d’être confronté à cela, surtout pour nous qui avons grandi dans une société individualiste, ou lorsque l’on donne à quelqu’un, on croit que cela nous retire quelque chose.

Quelques heures plus tard, le 23 juin c’est l’heure pour moi de décoller pour Bangkok, une dernière soirée là-bas qui sera la dernière étape de mon voyage…

 

 

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