Wise Madness or foolish sanity?

I just wanna be free in my world…

Dans un article précédent où je racontais mon séjour dans le Mahasi Meditation Center, j’ai brièvement évoqué la tuerie qui a eu lieu à Orlando la veille de ma retraite. ça peut paraître anecdotique, mais j’ai pensé à ce tragique évènement lorsque j’étais dans le centre, dans ce calme religieux et cette atmosphère paisible. Moi qui pensais devenir folle au début, je me suis demandé: Et si je deviens folle, et alors? Si ma folie à moi c’est de vouloir me raser le crâne, vivre en pleine conscience, marcher comme une personne malade pour avoir conscience du moindre de mes mouvements ? Qu’est-ce que la folie signifie réellement dans un univers chargé de haine et de violence où les évènements tragiques se succèdent sans répit ?

J’y ai songé à tout cela et je me disais que j’étais bien dans ma petite bulle, entourée de personnes qui aspirent à être meilleures afin d’améliorer leur karma et pouvoir espérer un jour atteindre le nirvana. Ces femmes-là souhaitent sortir du cycle des vies et fusionner avec le vide. Assise en leur compagnie autour d’une table basse où nous partagions nos repas en silence ou admirative devant leur concentration sans faille durant ces heures passées dans la salle de méditation, j’appréhendais parfois ma sortie du centre et j’avais conscience que je me retrouverai propulsée dans une atmosphère complètement différente. La réalité n’est pas toujours évidente et il est parfois tentant de détourner le regard face à elle. Seulement, voilà, il m’a fallu revenir au monde physique et à sa réalité brutale.

Yangon est une ville où la nuit, le règle animal reprend le dessus. Les chiens errants parcourent les rues en toute impunité, les rats sortent par dizaines une fois minuit passé et les trottoirs grouillent de cafards et pourtant… Je m’y sentais bien. Certainement parce que le mot d’ordre de Yangon est celui d’un chaos apparent mais d’une atmosphère dépourvue d’agressivité. Au contraire, il y a une certaine indolence dans l’air. Mais désormais, je suis de retour à Paris, je travaille non loin de la place de la République. Pour quelqu’un qui ne supporte ni le bruit et la foule je peux vous assurer que ce n’est pas facile. En sortant de mon premier jour de travail, j’ai éclaté en sanglots. Je n’ai pas chercher à retenir mes larmes. J’ai pleuré, pleuré et le lendemain en me réveillant, j’ai pleuré encore plus.

Je crois que j’accuse le coup du contre-choc culturel et surtout de retourner à ce que je déteste, cette vie en open space, assise toute la journée à pianoter sur un clavier d’ordinateur, ce qui pour moi n’a que très peu de sens puisque ma passion se trouve ailleurs. Puis il y a les transports en commun, les gens qui se bousculent sans scrupules et ceux qui te polluent les oreilles en râlant au téléphone. Mardi soir je n’ai pas pu me retenir, j’ai fait une remarque à une inconnue debout à côté de moi qui était en train de proférer des insultes au téléphone car un peu plus tôt dans la soirée un type ne l’avait pas laissée s’asseoir en se précipitant juste avant elle. »Non mais vraiment, un connard. En plus j’en ai marre, je suis fatiguée, ça pue dans le RER. » Je lui ai dit gentiment que si elle tenait vraiment à s’asseoir elle pouvait simplement demander aux gens assis de lui céder la place. Elle et moi avons commencé à discuter, elle m’a avoué être d’humeur exécrable mais lorsqu’elle a quitté le wagon elle m’a fait un sourire et m’a souhaité une bonne soirée. Je me suis alors remémorée cette phrase de Jonathan Lehmann: La négativité est une forme de souffrance et j’y réponds avec compassion.

Et depuis je me la répète en boucle, comme un mantra, pour ne pas éprouver d’aversion pour les gens. Comme un rappel à l’ordre, à ce qui est bien et bon c’est à dire la compassion et la bienveillance envers ses pairs. J’ai accepté ma souffrance passagère comme le coup de chaleur qui s’est abattu sur la ville pour ce qu’elle était en notant qu’elle ne me définissait pas. Les pensées vont et viennent et j’ai laissé mes pensées douloureuses s’envoler au loin, telles des ballons gonflés à l’hélium, je les ai laissées s’envoler dans le ciel…

Je me rends compte que oui le bonheur était plus facile là-bas… Alors je vois mon retour comme un challenge, l’Univers me teste et je fais de mon mieux pour me préserver. Je m’efforce de méditer tous les soirs notamment en écoutant les vidéos de Jonathan Lehmann sur YouTube et avec l’application Petit Bambou et de dérouler mon tapis de yoga pour faire des salutations au soleil afin de m’ancrer dans mon corps et de ne pas me laisser entraîner en pilotage automatique.

J’ignore quel est le fin mot de cette histoire, je doute qu’il y en ait réellement un. Il y a juste moi, qui me rend compte que je ne changerai pas le monde, mais que je peux maitriser la vision que j’en ai. Je ne passerai pas ma vie dans un monastère, mais bien dans le monde physique, où lire et regarder l’actualité est souvent poignant et où tout est loin d’être rose. Mais j’ai encore de l’espoir et surtout j’ai cette volonté farouche de ne pas sombrer dans la facilité, qui consisterait à tout oublier et à redevenir celle que j’étais avant. Je fais de mon mieux pour me souvenir de ce qui compte pour moi. Ne pas oublier mes valeurs et ce en quoi je crois.

La nostalgie m’habite et lorsque je marche dans la rue, j’écoute une chanson que Daniella m’a envoyée, sa voix et ses paroles sont là comme un hymne contre la normalité, celle que la société veut nous imposer et me permettent de m’évader. La mélodie m’apaise et me rappelle qu’un ailleurs existe, que nous y avons goûté et que ce serait un crime envers moi-même de laisser le fruit des enseignements de ces derniers mois sombrer dans un recoin de mon esprit, dans ce vortex appelé l’oubli…

 

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